Vous êtes ici : Accueil > Volume 9 (2011) > Numéro 1 > La sous-spécificatio...

La sous-spécification flexionnelle des bases de dérivation en question à la lumière de la morphologie bretonne

frPublié en ligne le 30 juin 2011

Par Pierre-Yves Kersulec

Résumé

Il est établi de longue date, dans le domaine de la morphologie, que la dérivation précède la flexion, et non l’inverse (Greenberg, 1963 : 83). L’on doit à Stump (1989 ; 1990) notamment d’avoir souligné le fait que les données bretonnes pouvaient échapper, pour partie, à cet universel. Cette interprétation a fait l’objet d’une réévaluation récente de la part d’Acquaviva (2008) pour lequel seules des unités relevant de la flexion du nombre peuvent, en breton, être mobilisées comme bases dérivationnelles. Pour Belder (2010), la flexion ne précéderait pas la dérivation en breton, le pluriel1 précédant un pluriel2 n’ayant d’autre statut, dans cette langue, que celui d’un allomorphe thématique. L’objectif qui est le nôtre dans cet article est de démontrer que la sélection d’une base fléchie n’est pas propre, en breton, aux noms pluriels. Elle s’intègre, dans certains cas, à une problématique plus générale de redoublement d’une même marque morphologique.

Abstract

In the field of morphology, it has been known for a long time that derivation precedes inflexion, and not the other way round (Greenberg 1963: 83). Among others, Stump (1989, 1990) emphasized the fact that parts of the Breton language data may be exceptions to that rule. This opinion was discussed again, quite recently, by Acquaviva (2008), who thinks that only the number inflexion units may be used as derivation roots in Breton. In Belder’s view (2010), inflexion may not precede derivation in Breton, since the plural 1 that precedes a plural 2 has no status in the language except that of a thematic allomorph. In this paper, my aim is to demonstrate that the selection of an inflected root does not only apply to plural nouns, in Breton. In certain cases, it falls within the more general problematics of reduplication of one single morphological mark.

1 Introduction

1.1. Présentation

1La caractérisation des unités de base des processus morphologiques, sur un plan syntaxique et sémantique, a fait l’objet d’études récentes, dans le domaine de la morphologie française notamment. Depuis Matthews (1974), les morphologues s’accordent à décrire les unités des processus morphologiques comme unités lexématiques. Une distinction est ainsi proposée entre mot phonologique, mot grammatical et unité abstraite ou lexème. Si, d’un point de vue sémantique, le lexème, défini comme unité multidimensionnelle, est décrit comme entité linguistique pleinement spécifiée, il n’en va pas de même d’un point de vue morphosyntaxique. Les lexèmes sont en effet des unités sous-spécifiées, par définition, sur un plan flexionnel (Fradin et Kerleroux, 2008 : 81)1.

2 Un certain nombre de données issues de la morphologie bretonne peuvent paraître contradictoires, à première vue, avec le principe universel proposé par Greenberg (1963 : 83) selon lequel les mécanismes dérivationnels précèdent les mécanismes flexionnels, et non l’inverse. Pour Stump (1989, 1990), les faits bretons sont bel et bien contradictoires avec ce principe et imposent de considérer qu’un mot puisse être mobilisé comme base dérivationnelle. Acquaviva (2008) considère quant à lui que cette particularité concerne essentiellement la flexion plurielle et s’explique par l’idiosyncrasie sémantique de cette dernière. Belder (2010) estime pour sa part que la flexion ne précède pas la dérivation en breton, le PL1 d’une séquence [PL1]PL2]PL ayant la valeur d’un allomorphe thématique, et non d’un véritable suffixe.

3L’objectif qui est le nôtre dans cet article est avant tout de réévaluer ces différentes hypothèses à la lumière de faits nouveaux. Nous verrons en effet que les bases des processus morphologiques peuvent être porteurs d’un marquage morphologique autre que pluriel en breton. Des participes passés ou des noms féminins peuvent en effet être pris, en breton, comme opérandes, sous leur forme pleine, de suffixes flexionnels ou dérivationnels.

1.2. Analyses antérieures

1.2.1. Stump (1989 ; 1990)

4Stump (1990) soutient l’hypothèse que des procédés dérivationnels peuvent, en breton, s’appliquer à des noms dotés d’une marque flexionnelle régulière. Ces faits vont à l’encontre de l’hypothèse d’une morphologie divisée entre flexion et dérivation, soutenue par Anderson (1982), et amendée par Perlmutter (1988) qui suppose que les formes flexionnelles irrégulières sont inscrites dans le lexique, ce qu’Anderson ne prévoit pas. Il est à noter cependant qu’Anderson (1982) évoque la possibilité d’insertion d’un matériau flexionnel à    l’ « intérieur » d’un matériau dérivationnel lorsqu’un thème est modifié par apophonie ou métaphonie ou en cas d’insertion de « véritables infixes2 ».

5L’amendement proposé par Perlmutter à la théorie d’Anderson trouve son origine dans une interprétation de diminutifs pluriels attestés en yiddish (d’après Bochner 1984 : 415, cf. 1 a-b-c). Pour Perlmutter (1988) en effet, ces diminutifs pluriels ne sont attestés que lorsque le nom de base possède un pluriel irrégulier. Lorsque le nom singulier connaît un pluriel régulier en –en ou en –s (pour les noms s’achevant par une voyelle inaccentuée), le diminutif pluriel en –l-ex ne peut sélectionner ce pluriel régulier (cf. 1-d-e-f) (d’après Perlmutter, 1988 : 83, cité par Stump, 1990 : 197) :

Tableau 1

Singulier

Diminutif singulier en - / ou -le

Pluriel

Diminutif pluriel en –l + -ex

a

Jeune marié

xosp

xosp

xosp

xosp

b

Livre (religieux)

seyfer

seyfer

seyfer

seyfer

c

péché

xet

xet

xet

xet

d

oreille

oyer

oyer

oyer

oyer

e

avis

eyce

eyce

eyce

eyce

f

cadeau

matone

matone

matone

matone

6Pour Stump (1990), cet amendement ne permet pas de rendre compte des faits bretons qui échappent à l’hypothèse d’une morphologie divisée. Les diminutifs pluriels, relevés par Stump à Plougastel (29) mettent en effet en jeu des noms singuliers connaissant un pluriel régulier et productif, et non irrégulier (cf. infra pour d’autres exemples) :

Tableau 2

Singulier

pluriel

Diminutif du singulier

Pluriel du diminutif du singulier

Diminutif pluriel du pluriel

bateau

bag

bag-où

bagig

*bagigoù

bagoù-ig-où

7Deux hypothèses sont possibles, nous dit Stump, pour rendre compte de ces diminutifs pluriels. La première d’entre elles consiste à considérer que la morphologie plurielle est dérivationnelle et non flexionnelle en breton. Le fait que cette dernière soit productive, régulière sémantiquement, et sensible aux variations syntaxiques invite en effet à rejeter cette hypothèse3. La deuxième hypothèse revient à considérer que la morphologie diminutive n’est pas véritablement dérivationnelle en breton.

8 Le suffixe –ig du diminutif ne semble en effet pas être sensible à la catégorie lexicale de la base qu’il sélectionne, contrairement aux suffixes prototypiques. Par ailleurs, il ne modifie pas la catégorie de ces bases, à l’inverse des suffixes prototypiques. Stump montre cependant que le suffixe –ig ne ressemble pas non plus aux suffixes flexionnels puisqu’il n’exprime pas de trait flexionnel pertinent pour la syntaxe, qu’il n’est pas entièrement productif et enfin qu’il n’est pas totalement régulier sur un plan sémantique.

9Pour Stump, ces faits démontrent que les processus flexionnels peuvent être antérieurs à des processus dérivationnels. Cet auteur se refuse cependant à adopter le point de vue de Di Sciullo et Williams (1987) qui vont jusqu’à mettre en cause la distinction entre flexion et dérivation elle-même. La proposition de Stump est d’amender l’approche courante de la morphologie dérivationnelle, permettant de convertir un premier radical en un second radical (chaque radical étant associé à un paradigme distinct) (cf. 3-a). Les faits bretons incitent en effet à concevoir que la morphologie dérivationnelle puisse permettre, dans certains cas, de convertir un mot en radical (cf. 3-b) :

Tableau 3

Morphologie dérivationnelle

Radical

>

Radical

a.

<del>

del-ienn

feuille

<delienn>

del-ienn-où

feuilles

b.

Mot

>

Radical

<delioù>

del-ioù

feuilles

<deliaouek>

del-iaou-ek

feuillu

10Lorsque la base de dérivation est dénuée de toute marque flexionnelle, le mot considéré peut se voir attribuer, pour cet auteur, le statut d’un radical (1990 : 209-210). C’est le cas des noms dénués de tout affixe permettant de créer des adjectifs en –ek par exemple (4-a-b-c). Dans certains cas cependant, la base peut également être un mot fléchi (4-d) :

Tableau 4

Base dérivationnelle

Adjectif dérivé

a.

Dour

eau

Dourek

abondant en eau

b.

Blev

cheveux

Blevek

chevelu

c.

Kof

ventre

Kofek

ventru

d.

Delioù

feuilles

Deliaouek

feuillu

e.

Gouizi-

Gouiziek

savant

11Il y aurait lieu par conséquent, nous dit Stump, de poser que la suffixation en –ek peut être de type Radical > Radical ou Mot > Radical, sauf à supposer que les formes nues (4-a-b-c) puissent être caractérisées comme mots identiques à leurs radicaux. Les radicaux non indépendants tels que (4-e) ne peuvent se voir attribuer le statut de mots cependant, en tant que formes dépendantes. Il ressort que la suffixation en –ek peut à la fois relever de procédés de type Radical > Radical et Mot > Radical.

12Stump fait par ailleurs l’hypothèse que « tout procédé morphologique qui s’applique à des mots de quelque catégorie peut s’appliquer également à des radicaux de cette catégorie » (Stump, 1990 : 211). Cette hypothèse le conduit à postuler qu’une base marquée, sur un plan flexionnel, ne pourra être sélectionnée que s’il peut être elle-même rattachée à un processus de type Mot > Radical. Dans certains cas cependant, le mot originel peut être devenu opaque (c’est le cas de boutaoui à inconnu à Plougastel, d’après Stump, mais connu dans d’autres dialectes) :

Tableau 5

Mot

Radical

Mot

Mot

Nom pluriel

Radical

Verbe dérivé

Nom d’agent dérivé

a.

Merc’hed

filles

Merc’het-4

Merc’heta

courir les filles

Merc’hetaer

coureur de filles

b.

Boutoù

chaussures

Boutaou-

*Boutaoui

chausser, botter

Boutaouer

chausseur, bottier

13Stump propose également de réviser la description classique de la morphologique flexionnelle en postulant la possibilité d’une flexion de type Mot1 > Mot2 (le mot dérivé appartenant au paradigme associé au mot de base) :

Tableau 6

                    Morphologie flexionnelle

Radical

>

Mot

a.

<delienn>

del-ienn-où

feuilles

<deliennoù>

del-ienn-où

feuilles

b.

Mot1

>

Mot2

<bugale>

bugal-e

enfants

<bugaleoù>

bug-al-e-où

enfants + nuance différente

14Ici aussi, nous dit Stump, ces deux types de procédés peuvent être intersectifs (le double pluriel bouzelleier est ainsi dérivé du pluriel simple bouzelloù lui-même rattachable au radical dépendant bouzell).

1.2.2. Acquaviva (2008)

15Pour Acquaviva, l’approche correcte, pour rendre compte des faits bretons, est une approche selon laquelle les opérations grammaticales doivent être différenciées de leur réalisation5. Dans ce cadre, les processus inflexionnels et dérivationnels restent différenciés quand bien même leur réalisation peut, dans certains cas, être identique.

16Cet auteur défend l’idée que les pluriels bretons sont à la fois flexionnels et dérivationnels, de manière non-ambiguë. Plusieurs arguments sont avancés par Acquaviva pour défendre le fait que les suffixes pluriels bretons ne sont pas des suffixes flexionnels prototypiques :

- Les pluriels bretons sont sensibles à la sémantique lexicale, ce qui les rapproche des suffixes dérivationnels. Les suffixes –ed et –où seraient ainsi les suffixes par défaut des animés et des inanimés, respectivement (Acquaviva, 2008 : 238).
- Un même nom peut également sélectionner différents suffixes pluriels sur des critères sémantiques (selon que le référent de ce dernier soit perçu comme individu discret, unité non discrétisable ou masse)
- Le sémantisme de certains suffixes pluriels peut connaître un sémantisme idiosyncrasique (diminutif, péjoratif, duel)
- Les affixes pluriels peuvent être insérés dans un matériau non inflexionnel (verbal, nominal, adjectival) de même que les diminutifs

17Cette caractérisation des pluriels bretons remet en cause de façon claire la notion de lexème. Pour cet auteur, ce n’est pas tant la distinction entre flexion et dérivation qui demande à être revisitée, en breton, que le fait que ces deux types de procédés ou d’opérations morphologiques puissent connaître une même réalisation, tout en restant distincts (Acquaviva, 2008 : 235).

18Acquaviva remet par ailleurs en cause l’affirmation de Stump selon laquelle le breton permet de sélectionner des formes fléchies comme bases des processus morphologiques. Cette possibilité relèverait en effet spécifiquement de la morphologie plurielle, et ne saurait valoir pour les autres processus flexionnels (Acquaviva, 2008 : 242). De rares exceptions seraient cependant possibles. Mention est ainsi faite, après Trépos (1956 : 262), de la forme verbale redoublée me a vante-fa-fe en lieu et place de me a vantefe (je jetterais en l’air) ou encore de la suffixation en –enn au pronom hini ‘celui/un’ (hiniennoù ‘quelques uns’). Les bases infléchies sélectionnées par les procédés morphologiques en breton seraient principalement plurielles et mettraient par ailleurs en jeu des noms et non des pronoms, ces derniers ne formant pas une catégorie lexicale.

19Pour Acquaviva, l’affirmation selon laquelle le breton permet de faire appel à un matériau flexionnel au cours d’un processus de formation nominale n’est pas fausse, mais demande à être spécifiée, les marques flexionnelles plurielles en question étant d’un type particulier (Acquaviva, 2008 : 243).

20La conclusion de cet auteur est que le nombre forme, en breton, une catégorie flexionnelle à part entière, qui accepte cependant d’être insérée dans un matériau lexématique non flexionnel. La conclusion selon laquelle le nombre breton pourrait être tantôt de nature flexionnelle, tantôt de nature dérivationnelle, est cependant indue pour Acquaviva. Le point important est en effet que les morphèmes pluriels conservent une valeur plurielle, sur un plan sémantique, quand bien même ils se trouvent intégrés dans des bases dérivationnelles. L’idée est donc qu’un même exposant morphologique, en l’occurrence celui du nombre pluriel, peut instancier une information grammaticale aussi bien qu’une information lexicale portant sur la structuration interne d’un lexème donné.

1.2.2.1. Discussion

21L’affirmation selon laquelle la sélection d’une base fléchie par un processus morphologique ne concernerait que les bases relevant de la flexion plurielle nous paraît pouvoir être remise en cause. Nous verrons en effet dans la deuxième partie de cet article qu’un item portant le suffixe –et du participe passé peut être sélectionné par divers procédés morphologiques en breton. Un suffixe porteur d’une information morphosyntaxique relevant du genre féminin peut également, dans certains cas, sélectionner une base déjà dotée de ce trait morphosyntaxique.

1.2.3. Belder (2010)

22Belder (2010) soutient que le pluriel1 (en l’occurrence le suffixe –ed) n’aurait pas le statut de morphème flexionnel en breton, mais un simple statut allormorphique. Cette solution aurait le mérite de préserver le principe établi dans la littérature selon lequel un suffixe flexionnel ne peut précéder un suffixe dérivationnel. Belder revient tout d’abord sur les faits suivants :

(7) a. Merc’h-ed-où
fille+pluriel1+pluriel2
filles
b. Merc’h-et-a
fille+pluriel1+suffixe verbal
courir les filles

23Pour Stump, ces faits remettent en cause, comme il a été vu, l’Elsewhere Principle formulé par Anderson (1986), selon  lequel la dérivation précède l’inflexion. Belder soutient qu’Acquaviva refuse d’analyser le morphème PL1 (pluriel1) –ed– comme morphème inflexionnel doté du trait de pluralité. Cet auteur analyserait au contraire ce morphème comme morphème dérivationnel, correspondant à la réalisation d’une tête catégorielle6. Merc’hedoù répondrait ainsi, chez Acquaviva (2008), à la structure suivante, d’après Belder (2010 : 3) :

Schéma (1) : dérivation de « merc’hedoù » chez Acquaviva d’après Belder (2010)

Image1

24Pour Belder, cette analyse est mise en cause par le fait que les nombres cardinaux sont en distribution complémentaire avec le PL1ed ou le PL2 –où, ces derniers ayant la même réaction soumis à un cardinal7 (*ugent  merc’hed ‘vingt filles’ est proscrit, tout comme *ugent merc’hedoù ‘vingt filles’, face au correct ugent merc’h ‘vingt filles’) (Belder, 2010 : 3-4). Belder montre que ce phénomène de distribution complémentaire est attesté en turc ou en hongrois également et a fait l’objet d’une interprétation par Borer (2005 : 116-117) qui propose d’assigner aux cardinaux un trait [pluriel] et un trait [#] représentant une fonction comptable associée aux quantifieurs. Belder montre que l’interprétation proposée par Borer (que nous ne reprenons pas ici) permet de rendre compte du fait que les cardinaux réalisent une fonction [pluriel] « avant d’atteindre la tête # ». Cette interprétation ne permettrait néanmoins pas de rendre compte du fait que les deux pluriels PL1 et PL2 soient en distribution complémentaire avec les cardinaux.

25Belder soutient que la caractérisation du PL1 comme « réalisation d’une tête inflexionnelle ou dérivationnelle » conduit à une impasse. L’idée proposée par cet auteur pour résoudre ce problème est de supposer que les cardinaux n’entrent pas en distribution complémentaire avec le pluriel1, le simple pluriel « occupant une position identique à celle du cardinal ». Pour Belder, le PL2 peut être réalisé en breton par le morphème –ou par un morphème zéro qui entrent en compétition pour être « insérés sous le noeud réalisant le marquage du nombre » (Belder, 2010 : 6-7). Pour cet auteur, les noms pluriels merc’hed ou merc’hedoù, auxquels elle attribue une même traduction (cf supra pour une discussion), répondent par conséquent à une structure profonde de même nature :

(8) a. merc’hed-Ø
filleallomorphe-PL
filles
a. merc’hed-où
filleallomorphe-PL
filles

26 Le dérivation de ces noms pluriels est représentée comme suit par cet auteur :

Schéma (2) : dérivation de « merc’hed » et de « merc’hedoù » d’après Belder (2010)

Image2

27Belder défend le point de vue que le simple pluriel PL1 n’est qu’un thème allomorphique sur la base de trois arguments. Le premier de ces arguments est que que ce thème –ed- peut précéder le morphème pluriel –où mais également des morphèmes dérivationnels devant lesquels il peut « recouvrir une interprétation non-plurielle » (Belder, 2010 : 8). L’exemple steredenn est proposé par Belder pour justifier le fait que le morphème –ed- pourrait être dénué d’un sens pluriel. Le deuxième argument est que le morphème –ed- précéderait toujours des suffixes dérivationnels. Le dernier argument proposé par Belder pour justifier le fait que le PL1n’aurait qu’un statut d’allomorphe s’appuie sur les doubles pluriels construits sur un thème infléchi (ablaut) (e.g. louarn ‘renard’ > lern ‘(des) renards’ > lerned ‘(des) renards’).

28Cette argumentation conduit Belder à affirmer que « la flexion ne précède pas la dérivation en breton », le morphème du PL1n’ayant pas la valeur d’un suffixe pluriel mais de « réflexe d’un pluriel plus haut » (Belder, 2010 : 9).

1.2.3.1. Discussion

1.2.3.1.1. Spécification sémantique du double pluriel

29Il y a lieu dans un premier temps de s’interroger sur le fait que Belder propose ici une même traduction pour merc’hed et merc’hedoù à savoir girls ‘filles’. Trépos ([1956] 1982 : 264) souligne de manière explicite le fait que les doubles pluriels peuvent recouvrir un sémantisme spécifique, variable selon les dialectes. Trépos rappelle ainsi qu’Ernault (1897) traduit pôtredo (double pluriel de paotr ‘garçon, homme’) par « beaucoup de garçons », bugaleou (double pluriel de bugel ‘enfant’) par « plusieurs bandes d’enfants » et merc’hedou ou merc’hejou par « des filles »8. En sud-cornouaillais en revanche, merc’hejou (var. merc’hijou, meryedou)9 possède, nous dit Trépos, une « nuance de mépris affectueux » ou encore parfois une valeur « diminutive et hypocoristique » rappelant le gallois merchetos10. Acquaviva rapporte que, pour Yvon Gourmelon, merc’h-ed-où ne serait employé que comme vocatif figé, doté d’une nuance péjorative (Acquaviva, 2008 : 260).

30 Il est remarquable de noter que ces différents effets de sens se laissent répartir en trois pôles distincts qui rejoignent la tripartition proposée par Fradin (2003b) pour rendre compte de l’organisation de la catégorie du diminutif. L’apport sémantique de la suffixation peut en effet être de nature référentielle ou à l’inverse évaluative. L’emploi du double pluriel au vocatif relève quant à lui de l’interaction du locuteur avec son interlocuteur11.  Nous verrons ci-après que le redoublement d’une marque morphologique relevant de la flexion en genre peut être de nature évaluative également :

Tableau 8

Image3

31Image4

321.2.3.1.2. Caractérisation du PL1 sur le plan du nombre

33La caractérisation du PL1 sur le plan du nombre – dans les séquences de type [[PL1]PL2]PL –, demande également à être précisée. Rappelons que, pour Trépos, les noms collectifs se caractérisent par le fait qu’ils sont perçus par les bretonnants comme noms dénotant un domaine entouré d’une enveloppe ne permettant pas de distinguer les unités contenues dans ce domaine. Pour Trépos, si les noms perçus comme collectifs sont très souvent monomorphémiques et dénués de suffixe externe – tud ‘gens’ ; per ‘poires’ – un nom peut parfois être perçu comme collectif en breton quand bien même il contient un suffixe externe. Les exemples de roñsed ‘chevaux’ et de preñved ‘vers’ sont ainsi mentionnés par cet auteur. Le fait que le premier de ces noms soit construit sur une base non transparente dans certains dialectes12 (*[roñs-e]) rend possible, nous dit Trépos, une interprétation collective. Pour preñved, l’argument est en revanche sémantique : le nom construit renverrait à un « grouillement confus de vers »13. Le fait que les unités dénommées ne soient pas perçues comme unités discrètes, clairement identifiables, aurait donc pour conséquence de favoriser une interprétation collective du domaine dénoté14 :

Tableau 9

Nom singulier

Nom collectif non marqué

Nom collectif marqué

Nom pluriel marqué à lecture collective

Double pluriel

a.

Merc’h

fille

Merc’hed

filles et/ou femmes

Merc’hed-

Id. + spéc. sém.

b.

Paotr

garçon

Paotred

garçons et/ou hommes

Paotred-

id. + spéc. sém.

c.

Bugel

enfant

Bug-al-e

enfants

Bug-al-e-où

id. + spéc. sém.

d.

Den

personne

Tud

gens

Tud-

id. + spéc. sém.

e.

Dilhad

habits

Dilhad-

id. + spéc. sém.

f.

Bruzhanenn

miette

Bruzhan

miettes

Bruzhan-aj

Id. + spéc. sém..

Bruhan-, -Inguiniel-

Id. + spéc. sém.

g.

GlepADJ-aj

Propos/actes idiots

Glep-aj-où, -Inguiniel-

id. + spéc. sém

(D’après Trépos, 1982, passim, et des données recueillies personnellement)

34Lorsque le suffixe –où est le premier membre du double pluriel, dans la séquence [[-où]-ier ~ -ioù]PL15, la situation peut être différente. Le PL1 en –où peut avoir valeur de duel ou de collectif (interprétation défendue par Acquaviva, 2008). Il peut également, en revanche, dénoter également un pluriel discontinu ou discrétisant (10-f). Le suffixe –oùier peut également être perçu dans certains cas, par analogie, comme suffixe autonome, comme le soulignait déjà Trépos (1982) à propos des dérivés glav-eier ou dour-eier ‘grandes pluies’ formés sur des noms singuliers. A la différence de ces dérivés toutefois, qui possèdent un N-ioù discontinu correspondant, le double pluriel zaout-oùier ne peut être rapporté au pluriel *zaout-où non-attesté :

Tableau10

Nom singulier

Nom pluriel en -où

Nom duel en -

Nom collectif

Double pluriel

a.

*[Brag]-

pantalon

*[Brag]-

pantalon (une paire de jambes)

*[Brag]-eier

plusieurs paires de X

b.

*[Ot]-aou-enn

jambe de pantalon

*[Ot]-

pantalon (une paire de jambes)

*[Ot]-eier

plusieurs paires de X

c.

Louz-aou-enn

herbe médicinale

Louz-où

herbes médicinales

Louz-eier

nbre indéterminé de X

d.

*[Goul]-où

lumière

*[Goul]-aou-enn

cierge

*[Goul]-où

lumières

*[Goul]-eier

nbre indéterminé de X

e.

□[Bot]ez16

chaussure

□[Bot]-où

chaussures (paire)

-

□[Bot]-o-ioù

nbre indéterminé de X

f.

Park

champ

Park-où

champs

Park-eier

nbre indéterminé de X

g.

Buoc’h

vache

Zaout

vaches

Zaout-où-ier, -Berné 56-

Ensemble hétérogène, de nbre indéterminé,  de vaches + ( veaux + génisses)

(D’après Trépos, 1982, passim, et des données recueillies personnellement)

35Pour Acquaviva, il conviendrait d’être prudent devant les résultats proposés par Trépos, ces derniers étant issus de divers dialectes. Les « repluralisations » en –où+-ier ne formeraient pas en réalité un procédé morphologique régulier (Acquaviva, 2008 : 255). Acquaviva s’appuie sur les fait que plusieurs doubles pluriels en –eier mentionnés par Trépos (1982 : 232) ont en réalité été refusés par les informateurs qu’il a consultés. La forme parkeier serait par ailleurs devenue le pluriel courant de park en centre Bretagne (Wmffre, 1998 : 14).

36 Nous relevons nous-même cette lexicalisation de parkeier à Melgven (29) où le pluriel discontinu parkoù est également inusité. Différents locuteurs vannetais que nous avons consultés nous ont en revanche confirmé l’opposition régulière qu’ils perçoivent entre les doubles pluriels en –où-ier et les pluriels en –correspondants :

 (11) a. Parkoùier zo ur yeuc’h. O, bout ‘eus ur yeuc’h parkoùier.
n-oùier+est+un tas. Oh, +être+il y a+un tas+n-oùier
‘Parkoùier’ c’est un tas. Oh, il y a un tas de ‘parkoùier’.
a’. Ha parkoù ‘veze ket nameit un nebeudig. Un nebed. Revet : pemp pe c’hwec’h park.
et+n-où+n’était que (d’habitude)+un+petit peu. Un peu. Ca dépend : cinq+ou+six+champ.
Et ‘parkoù’ ça n’était qu’un petit peu. Un peu. Ca dépend : cinq ou six champs.
a’’. Ha pa veze ur yeuc’h èl-se : o, bout ‘eus ur yeuc’h parkoùier, -St Barthélémy, 56-
et+quand+il y avait (d’habitude)+un tas+comme ça : oh, être+il y a+un tas+n-oùier
Et quand il y en avait un tas comme ça : oh, il y a un tas de champs

37Nous relevons notamment les doubles pluriels suivants17 auprès de divers informateurs18 :

Tableau 12

Nom singulier

Pluriel en –

Pluriel en –oùier

a.

Lann

lande

Lann-

Lann-où-ier, -St Barthélémy, 56-

b.

Koed

bois

Koed-

Koed-où-ier, -St Barthélémy, 56-

c.

Douar

terre

Douar-

Douar-où-ier, -St Barthélémy, 56-

d.

Forn

four

Forn-

Forn-où-ier, -St Barthélémy, 56-

e.

Gwaezh

ruisseau

Gwaezh-

Gwaezh-oùi-ier, -Séglien, 56-

f.

Feurm

ferme

Feurm-

Feurm--ier, -Berné, 56-

g.

Pioch

pioche

Pioch-

Pioch-où-ier, -Berné, 56-

h.

Ivarzh

voie charretière

Ivarzh-

Ivarzh-où-ier, -Carnac, 56-

D’après Trépos (1982 : 66)

38L’on aboutit par conséquent à trois structures différentes – la troisième d’entre elles n’étant attestée que de manière hapaxique, dans quelques points du Trégor uniquement vraisemblablement – :

1. [[nom collectif/duel/pluriel à valeur collective] [pluriel discontinu en –] double pluriel
2. [[pluriel discontinu en -où] [pluriel discontinu en -ier] double pluriel
3. [[duel en -où] [pluriel discontinu en –où] double pluriel

39 L’argument développé par Belder selon lequel le suffixe –ed serait un allomorphe thématique, susceptible de recouvrir une interprétation non plurielle dans une dérivation, est confirmé par le statut de collectif dont il hérite dans la structure 1. Le fait que le PL1 en –de la structure 3 ne puissent également recouvrir qu’une interprétation discrétisante incite à penser que ce n’est pas tant la nature des suffixes –ed ou –où qui conduit ces derniers à avoir une interprétation non plurielle – ou un statut allomorphique –, mais la position de ces derniers comme suffixes non terminaux.

40L’écueil principal à cette interprétation réside dans l’analyse de la structure 2. L’on voit mal en effet comment attribuer au suffixe –le statut d’allomorphe ne correspondant pas à une réalisation plurielle dans cette deuxième structure.

41La solution la plus simple à cet écueil nous semble bien être d’accepter le fait que le PL1 puisse avoir en breton une valeur duelle, collective ou discrète sur un plan sémantique. Sur un plan syntaxique en revanche, le nombre pluriel du suffixe, intégré à l’intérieur d’un mot, et invisible à la syntaxe, en quelque sorte, est tout simplement neutralisé.

1.2.3.1.3. Pluriel du diminutif

42La particularité des diminutifs pluriels a été soulignée par Stump (1989 ; 1990 ; 2001) et Acquaviva (2008) notamment. Rappelons que Trépos (1982 : 274-275) fait l’hypothèse que l’usage de ces pluriels semble avoir été généralisé en breton littéraire par Grégoire de Rostrenen19. Les pluriels en –où-igoù seraient cependant exceptionnels en Sud-Cornouaille notamment. Trépos fait l’hypothèse que ces diminutifs sont nés par souci d’ « évoquer immédiatement l’image du pluriel » dans le noms dérivés. Le grammairien propose par ailleurs un parallèle entre ces pluriels et les pluriels discrets en –enn-où (suffixe du singulatif + suffixe pluriel) formés sur un nom pluriel/collectif20. Dans les deux cas en effet, un suffixe diminutif/singulatif est intercalé entre deux suffixes pluriels21. Trépos précise par ailleurs que la règle voudrait, dans certaines grammaires, que le diminutif peut connaître un pluriel simple lorsqu’il n’est pas formé sur un substantif (eg. bravadj‘beau’ > bravigoùnpl‘jouets’).

43Les différents types de diminutifs pluriels relevés par Stump dans le parler de Plougastel (29) sont les suivants :

Tableau 13

a.

Singulier

Diminutif singulier

Pluriel

Diminutif pluriel

1.

Bag

bateau

Bagig

petit bateau

Bagoù

(des) bateaux

Bagoùigoù

(des) petits bateaux

2.

Pedenn

prière

Pedennig

petite prière

Pedennoù

(des) prières

Pedennoùigoù

(des) petites prières

3.

tra

chose

Traig

petite chose

Traoù

(des) choses

Traoùigoù

(des) petites choses

b.

Singulier

Diminutif singulier

Pluriel en –ed

Diminutif pluriel

1.

Merc’h

fille

Merc’hig

petite fille

Merc’hed

(des) filles

Merc’hedigoù

(des) petites filles

2.

Paotr

garçon

Paotrig

petit garçon

Paotred

(des) garçons

Paotredigoù

(des) petits garçons

c.

Singulier

Diminutif singulier

Inflexion –el- > -al + pluriel en –e

Diminutif pluriel

Bugel

enfant

Bugelig

petit enfant

Bugale

(des) enfants

Bugaligoù

(des) petits enfants

d.

Singulier

Diminutif singulier

Pluriel en –ez

Diminutif pluriel

Ti

maison

Tiig

Petite maison

Tiez

(des) maisons

Tiezigoù

(des) petites maisons

e.

Singulier

Diminutif singulier

Pluriel interne

Diminutif pluriel

1.

Askorn

os

Askornig

petit os

Eskern

(des) os

Eskernigoù

(des) petits os

2.

Maen

pierre

Maenig

petite pierre

Mein

(des) pierres

Meinigoù

(des) petites pierres

f.

Singulier

Diminutif singulier

Nom collectif

Diminutif pluriel

1.

-

?

Dilhad

(ensemble de) vêtements

Dilhadigoù

(des) petits vêtements

2.

Den

homme

Denig

petit homme

Tud

(ensemble) de gens

Tudigoù

Personnes + spéc. sém.

44Il ressort tout d’abord que le suffixe –igoù peut sélectionner des noms collectifs non marqués ou à pluriel interne (11 e-f), mais aussi des noms marqués à valeur collective précédemment évoqués (11 b-c). A ces derniers noms vient s’ajouter le pluriel tiez, porteur du suffixe –ez. L’on ne manque pas d’observer que ce suffixe, relativement rare, accepte la suffixation en –enn de même que le suffixe –ed, d’où une lecture collective (eg. [patat-ez ‘pommes de terre’ > patatez-enn ‘pomme de terre’). L’interprétation collective du PL1 fait ici difficulté en revanche dans l’exemple (11-a2) tout particulièrement, porteur d’un pluriel discrétisant en –enn-où. L’hypothèse allomorphique paraît difficilement tenable ici également par conséquent pour rendre compte de la sélection du suffixe –comme PL1.


Remarque

45Trépos (1982) évoque brièvement le fait que les pluriels simples en –igoù seraient tout autant disponibles que les pluriels complexes en –oùigoù. Une nuance sémantique existerait par ailleurs entre ces deux derniers.

46 Nous procédons ici à de brèves remarques sur ce point. Il ressort que l’étude du fonctionnement du pluriel du diminutif dans divers dialectes révèle le fait que le pluriel du diminutif peut être systématique, ou ne pas l’être, et entrer en variation avec un pluriel formé sur le diminutif singulier. Les données relevées varient nettement d’un informateur à l’autre. L’informateur A1 de Berné (56) refuse ainsi parfois tantôt le pluriel du diminutif singulier, tantôt celui du diminutif pluriel (12-b). Dans d’autres cas, c’est le pluriel du diminutif pluriel qui est refusé (12-c-d), là où le pluriel du diminutif singulier est accepté. Dans un troisième cas de figure, enfin, c’est le pluriel du diminutif pluriel qui est accepté, alors que le pluriel du diminutif singulier est refusé (12-e-f) :

Tableau 14

Nom singulier

Diminutif

Pluriel du diminutif singulier

Pluriel  

Pluriel du diminutif pluriel

a.

Yar

poule

? Yarig

petite poule

Yar vihan

petite poule

*Yarigoù

petites poules

Yer

poules

°Yerigoù22

Petites poules

b.

Buoc’h

vache

Buoc’hig

Petite vache

*Buoc’higoù

petites vaches

Zaout

Vaches

*Zaoutigoù23

Petites vaches

c.

Evn

oiseau

Evnig

Petit oiseau

Evn bihan

Petit oiseau

Evnigoù

petits oiseaux

Evned pihan

petits oiseaux

Evned

oiseaux

*Evnedigoù

petits oiseaux

d.

Maouez

femme

Maouezig

Petite femme

Maouezigoù

Petites femmes

Maouezed

femmes

*Maouezedigoù24

petites femmes

e.

Merc’h

fille

Merc’hig

petite fille

*Merc’higoù

petites filles

Merc’hed

filles

Merc’hedigoù

petites filles

f.

Paotr

garçon

Paotrig

petit garçon

*Paotrigoù

petits garçons

Paotred

garçons

Paotredigoù

petits garçons

g.

Ki

chien

*Kiig

petit chien

*Kiigoù

petits chiens

Chach

chiens

Chachigoù25

petits chiens

47Il ressort par ailleurs que, dans les dialectes de Berné (56) et d’Inguiniel (56), la séquence –oùigoù n’est pas permise. La seule exception que nous connaissons est illustrée par le pluriel traoùigoù ‘petites choses’ aux côtés de *traigoù refusé par nos informateurs. Cette exception nous semble justifiable sur un plan morphologique (la réalisation du nom pluriel comme nom monosyllabique favorise une lecture collective de ce dernier) et sémantique (traoù renvoie à une collection hétérogène de nombre indéterminé).

1.2.3.1.4. Autonomie du suffixe –ed

48 Le statut allomorphique du suffixe –ed serait confirmé, nous dit Belder, par le fait que ce suffixe précéderait toujours un suffixe dérivationnel, et ne pourrait pas être séparé, par conséquent, de la base à laquelle il s’adjoint26. Dans plusieurs cas cependant, un matériau dérivationnel peut bel et bien séparer le suffixe pluriel d’une base de dérivation donnée :

Tableau 15

Base de dérivation

Suffixe(s) intercalé(s)

Suffixe terminal  

a.

Dorn-añvb

battre

Dorn-er-ez

batteuse

Dorner-ez-ed

batteuses

b.

Gwenn-adj

blanc

Gwenn-ig-ell

Hirondelle (Fav, 1992 : 309b)

Gwenn-ig-ell-ed

hirondelles

1.2.3.1.5. Bilan

49L’hypothèse allomorphique proposée par Belder (2010) vise à attribuer au PL1ed le statut d’allomorphe thématique et non de suffixe pluriel. Cette hypothèse, si elle devait s’avérer valide, devrait rendre compte du fait que les suffixes –où ou –aj ont également un statut allomorphique. Ces suffixes peuvent en effet se voir adjoindre un autre suffixe pluriel également (-ier ou –où) et sont dotés d’un nombre syntaxique pluriel incompatible avec la détermination d’un cardinal. Ce test de détermination révèlerait en effet que le collectif glepaj ‘des actes/propos idiots’ refuse tout autant d’être déterminé par ugent ‘vingt’ que le pluriel glepaj-où, les noms collectifs – suffixés ou non – étant syntaxiquement pluriel en breton (cf. Stump, 1989). La solution la plus simple, pour éviter d’attribuer systématiquement un statut allomorphique au Pl1 issu d’une séquence [[Pl1][PL2 ]PL est de considérer que ce pluriel et sémantiquement marqué tout en étant syntaxiquement neutralié (statut dérivationnel).

2. Eléments d’analyse supplémentaire

50Nous pensons que les faits qui viennent d’être discutés demandent à réévalués à la lumière de données supplémentaires ne concernant pas que la flexion plurielle exclusivement.

2.1. La base de dérivation est un nom fléchi au participe passé

51 Il ressort tout d’abord que le breton partage la possibilité avec le gallois de sélectionner des bases porteuses du suffixe –et permettant de créer des adjectifs verbaux – ou participes passés27 –. Ce suffixe peut accepter les combinaisons suivantes en breton :

-et

-enn

-ig

-igezh

-us

-et

+

+

+

+

+

2.2.1. Séquence –edet

52Plusieurs adjectifs sont porteurs de la séquence –edet en breton contemporain. Dans certains cas, le formant –ed est un marqueur nominal hérité d’un emprunt. Bruchedet ‘à la poitrine généreuse’ est ainsi construit sur bruched ‘poitrine’ qui pourrait être une forme croisée entre le français brechet (XIVe) et la forme bruch (Deshayes, 2003 : 143b). Le nom javed ‘mâchoire’, permettant de former le verbe dijavediñ ‘(se) démantibuler la mâchoire’ (Favereau, 1992 : 158a) serait quand à lui un « emprunt à l’ancien français *javiete, dérivé de jave […] et doublet de gaviete, gosier » (Deshayes, 2003 : 350b).

53Dans d’autres cas cependant, le formant –ed est bien rattachable au participe passé –et. L’on relève le doublet kropañ ~ kropediñ ‘(s’)engourdir (mains…)’ et les participes passés correspondants kropet ~ kropedet (Favereau, 1992 : 452a) qui illustrent une opposition entre forme simple et redoublement de la marque du participe passé.

2.2.2.  Suffixe –edus

54 Plusieurs adjectifs bretons sont porteurs également de la séquence –edus. Le rapport dérivationnel en jeu dans ces adjectifs ne semble pas uniforme. Kouskedus ‘endormant’ peut ainsi être rapporté au participe passé ou au verbe kousket – ces deux formes étant homophones –. Kleñvedus ‘morbide, pathogène’ ne semble en revanche pas pouvoir être rattaché à °kleñvediñ,non attesté chez Favereau (1992). Luc’hedus ‘à éclairs’ présente un autre cas de figure, les verbes luc’hedañ ~ luc’hediñ ne pouvant être rapportés à un participe passé, mais à un nom. Dans un dernier cas de figure, l’adjectif ne peut être dérivé que d’un verbe (monet ‘aller’ > monedus ‘allant, sociable) :

Tableau 16

Nom en –ed dérivé étymologiquement d’un participe passé

Nom singulier en -ed

Nom pluriel en -ed

Participe passé en -et

Verbe

Adjectif déverbal ou désadjectival

Nom désadjectival

a.

Kleñved

maladie

Kleñvedus

Morbide, pathogène

b.

Luc’hed

éclairs

Luc’hedañ (1521)

Luc’hediñ

(1659)

éclairer

Luc’hedus (1821)

à éclairs

c.

Kousked

sommeil

Kousket

endormi

Kousket

dormir

Kouskedus

endormant

Kouskedenn

couchage, couchette

e.

Loened

animaux

Loenediñ

Repeupler (1992)

Loenedus

Giboyeux (1521)

d.

Monet

aller

Monedus (1919)

allant, sociable

(D’après Deshayes, 2003)

2.2.3. Suffixes –edig et –edigezh ~ –idigezh  

55Le suffixe –edig – non productif en breton contemporain – est issu étymologiquement d’un ancien *-ātikos (Fleuriot, 1989 : 314-315). Ce suffixe attestée en vieux-breton sous la forme graphique –etic. Fleuriot (id.) note que les adjectifs en –etic se répartissent, en vieux-breton, en deux groupes. Un premier groupe regroupe des dérivés à valeur d’adjectif ou de véritables participes présents (ex. teshegetic « brûlant, chaud »). Un deuxième groupe regroupe des dérivés dans lesquels la valeur de participe passé « semble nette » (ex. regotetic « confié », loscitic « brûlé ») (ibid.).

56 Le suffixe –eticaith28est également attesté en vieux-breton. Il donne en breton moderne le suffixe –idigezh (vannetais –edigezh) et correspond au gallois –edigaeth (Fleuriot, 1989 : 350). Il ressort, si l’on se base sur le lexique attesté, que le nom abstrait en –edigezh être rattaché à un adjectif en –edig – auquel cas l’interprétation du suffixe –edigezh comme suffixe autonome ne doit pas être privilégiée –. Il peut également être dérivé directement du participe passé d’un verbe donné (cf. 18-f-j). Une interprétation du suffixe comme suffixe autonome s’impose dès lors :

Tableau 18

Verbe

Participe passé

Adjectif dérivé

Nom abstrait

a.

Ganiñ ~ genel

naître

Ganet

Ganedig ~ ginidig

natif

Ganedigezh

naissance

b.

Trec’hiñ

vaincre

Trec’het

vaincu

Trec’hedig

vaincu

Trec’hedigezh

défaite

b.

Terriñ

casser

Terret

cassé

Terridig

Pénible

c.

Karet

aimer

Karet

aimé

Karedig

cher

e.

Leskel

brûler

Lesket

brûlé

Leskidig

brûlant

f.

Gortoz

attendre

Gortozet

attendu

Gortozedigezh

Attente désirée (Catholicon)

g.

Gouarn

garder

Gouarn

garder

Gouarnedigezh

Gardiennage de maison (GReg)

h.

Gwelet

voir

Gwelet

voir

Gweledigezh

vision, apparence (GReg)

i.

Kalediñ

durcir

Kaledet

durci

Kaledigezh

durcissement, parf. constipation

j.

Monet

aller

Aet

allé

Monedigezh

entrée (GReg)

(D’après Deshayes, 2003)

2.2.4. Séquence –edenn

57Nous ne relevons que de rares exemples de noms en –enn construits sur un participe passé en –et. Mentionnons soubedenn ‘mouillette (de pain, & tanche à tremper T)’ (Favereau, 1992 : 689b) construit de manière indéniable sur le participe passé soubet ‘trempé’. Il n’y a pas lieu en effet ici d’évoquer une dérivation sur un infinitif homophone en –et, ce dernier n’étant pas attesté (°soubetppvs *soubetvb). Notons que le dérivé peut endosser deux rôles argumentaux distincts du procès exprimé, puisqu’il permet ici renvoyer au patient du procès, ou à un artefact servant à réaliser ce dernier.

2.2.5. Bilan

58La sélection d’un participe passé en –et comme base de dérivation en breton contredit l’affirmation selon laquelle seuls des mots fléchis au pluriel pourraient accepter à leur tour une suffixation. Il convient d’observer que le formant –ed- peut représenter un suffixe nominal abstrait, un suffixe d’emprunt au français, une désinence infinitive ou encore plurielle, comme il a été vu. Ce formant paraît par conséquent particulièrement particulièrement prompt à accepter une suffixation en breton.

2.3. La base sélectionnée est fléchie au féminin

59 Une base portant la marque d’une flexion féminine peut également donner lieu à une double suffixation en –enn (suffixe du singulatif) ou en –ez (suffixe du féminin). Mentionnons maouez ‘femme’ > maouez-enn ‘nana’29 (Favereau, 1992 : 507b)et gwaz ‘homme’ > gwaz-enn ‘gonzesse’(Favereau 1992 : 303b). Le nom-base sur lequel ces dérivés sont construits désigne un individu de sexe féminin. L’apport du suffixe ne porte donc pas sur le genre du référent du dérivé. Ce dernier se laisse en réalité interpréter comme référent doté de propriétés lacunaires par rapport au référent du nom-base. Une nana n’est en effet pas encore une femme d’âge mûr, et ne possède pas les qualités (stabilité, expérience) de cette dernière. Le nom construit gwazenn suppose quant à lui une dérivation quelque peu différente, mais établie ici aussi sur une évalution péjorative du référent du nom-base. L’apport du suffixe sur le plan du genre est ici en effet actif, le nom-base étant de genre masculin30. Cet exemple fait écho au dérivé paotrezenn, recueilli par F. Favereau sous la plume de l’écrivain léonard Yann-Vadezour Lagadeg31 :

(19) a. ur paotr > ur baotr-ez
un garçon une fille
b. ur baotr-ez > ur baotr-ez-enn
une fille une gamine de 10-12 ans

60De même que dans gwazenn, où le suffixe permet de marquer le passage d’un référent masculin à un référent féminin, paotrez permet entre en effet en opposition flexionnelle avec paotr, sur le plan du genre (19-a)32. Cette instruction est en revanche neutralisée et redondante, lorsque le suffixe –enn opère sur paotrez (19-b). L’apport du suffixe semble alors être de nature diminutive – lacunaire ou appropriative33 –. Un parallèle peut être fait également entre maouezenn et mammenn ou encore mammez :

(20) a. mamm > mamm-enn
a1. mère (femelle)
a2. mère du vinaigre
a3. parf. Source
a4. bout du biberon (W)
a5. (loc.)  puce de source (Fav, 1992 : 504b)
b. mamm > mamm-ez
mère femelle (de crustacé) (Fav, 1992 : 504b)

61 L’analyse de mamm-ez illustre le fait que les cas de neutralisation de l’instruction syntactique – flexionnelle – d’un suffixe, au profit d’une instruction particularisante ou évaluative – connotative – ne concernent pas seulement le suffixe –enn. Le suffixe –ez est en effet traditionnellement décrit comme suffixe « habituel du féminin » (Favereau, 1997 : 78) permettant de créer des noms féminins sur la base de noms agentif en –er ou sur la base de noms non suffixés) :

 (21) a. labourer > labourer-ez (Fav, 1997 : 78)
travailleur travailleuse
b. chef > chef-ez, -léon (relevés personnels)-
chef chef (féminin)34

62Dans le dérivé mammez, la base de dérivation du dérivé est déjà, par elle-même, dotée du trait flexionnel [+fém.]. L’apport du suffixe ne peut, dès lors, porter sur le genre du dérivé. Trépos ([1956] 1982 : 80, n. 4) oppose ainsi mamm ‘mère’ à mammez ‘femelle du crabe’ ou mammez-voualc’h ‘merlette’. Cet auteur fait remarquer que la flexion plurielle du nom mamm peut également permettre une différenciation sémantique :

Tableau 22

Nom singulier

Sémantisme

Flexion plurielle

Sémantisme

a.

mamm

mère

mamm-

mères

b.

mamm-[lapined]35

mère lapine

mamm-ed [lapined]

mères lapines

c.

mammez

femelle du crabe

mamm-izien (Douarnenez)

femelles du crabe

d.

mammez-voualc’h

Merlette (Ploemeur)

[non renseigné]

[non renseigné]

63Il y a lieu de penser que l’emploi du suffixe –ez permet de différencier une mère humaine d’une femelle animale. Le référent se laisse dès lors analyser comme type particulier du référent prototypique de la classe définie par le nom-base. Dans d’autres cas, ce redoublement peut induire une lecture évaluative :

Image5

64Ces dérivés ne se laissent pas tous analyser de la même façon. Les noms b1 et b2 peuvent être corrélés à pik ‘pie’, la pie étant caractérisée comme oiseau qui « jacasse bruyamment » (TLF). B4 renvoie en revanche à l’action de piquer exprimée par le verbe pikañ. B5 nous semble quant à lui être construit sur l’emprunt pique bretonnisé. Le dérivé C, enfin, pourrait s’expliquer par une volonté de différenciation entre pikez et pikezenn36.

65Il ressort de ces données qu’un nom porteur du genre féminin peut accepter, en breton, de recevoir un suffixe lui-même porteur de cette information morphosyntaxique. La marque du genre féminin du nom support peut être exprimée par un suffixe ou par une mutation morphosyntaxique (le genre féminin de pik transparaît ainsi dans un syntagme déterminatif : ar ‘la’ ~ ur ‘une’ + pik > ar bik ~ ur bik). Il est remarquable noter le fait que l’apport sémantique de la suffixation peut ici être de nature référentielle ou évaluative, de la même manière que pour les doubles pluriels (cf. supra).

2.4. Le dérivé conserve la marque d’une désinence verbale

66Un dérivé nominal ne peut être construit en breton sur une base porteuse d’une désinence infinitive:

Image6

67Dans un cas de figure particulier, néanmoins, le nom d’agent construit sur un verbe donné – de même parfois que le participe passé de ce dernier –, sont porteurs d’une marque – phonologique et/ou prosodique – permettant d’identifier la nature de la désinence du verbe-base.

68 L’analyse de la réalisation de pesketa(at) ‘pêcher’37, pesketet ~ pesketaet ‘pêché’, pesketaer ~ pesketer ~ pesketour ‘pêcheur’, dans divers points du Nouvel Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne (op. cit.) permet d’aboutir au tableau suivant :

Tableau 25

Point d’enquête

Pêcher

Pêché

Pêcheur

a.

11

Bourg-Blanc (29)

[pesˈkėta]

[pesˈketet]

[pesˈkėtɛʀ]

b.

18

Plounévez-Lochrist (29)

[pėsˈkėta]

-

[peskeˈtaːer]

c.

27

Sibiril (29)

[pesˈkėtta]

[pėsˈkėtǝt]

[pėskėˈtɛːʀ]

d.

30

Carantec (29)

[pėsˈkėta]

[pėsˈkėtǝt]

[pėskėˈtaɛʀ]

e.

135

Beuzec-Conq (29)

[pėsˈkėtė]

[pėsˈkėtǝt]

[pėsˈkėtǝʀ]

f.

152

Ploërdut (56)

[pėskǝˈtæt]

[pǝskǝˈtɛjt]

[pėskǝˈtuːʀ]

69Il ressort tout d’abord que le participe passé du verbe-base ne porte aucune marque particulière, n’était au point 152 où il se réalise [εjt] et non [ət]. Il s’agit là d’une caractéristique commune à divers parlers du pays pourlet (56) notamment. Le participe passé non marqué est en effet régulièrement supplanté dans ces parlers38 par une forme diphtonguée lorsque le verbe-base est un verbe en –(h)at.

70 Si le participe passé ne porte aucune marque particulière dans les autres points d’enquête figurant dans ce tableau, il n’en va pas de même pour le nom agentif en –er dérivé de pesketa. Il ressort en effet que ce dernier peut être doté d’une accentuation oxytonique et non paroxytonique, comme cela est de rigueur dans ces parlers (cf. 23-b-c-d). La voyelle initiale –a– de la désinence infinitive peut également être conservée dans le dérivé agentif et donner lieu à deux syllabes distinctes (23-b) ou à une diphtongue (23-d).

71 Le même phénomène peut se rencontrer lorsqu’un adjectif en –us est construit sur un verbe en –aat. Favereau (1992) mentionne par exemple abafaat ‘complexer’ > abafaüs (aux côtés d’abafus) (Favereau, 1992 : 1b) ou encore ankounac’haat ‘oublier’ > ankounac’haüs ‘oublieux’ (Favereau, 1992 : 26a).

2.5. Autres phénomènes de redoublement d’un marquage morphologique

72 Les doubles pluriels, de même que les doubles singuliers, relèvent de processus mettant en jeu un double marquage morphologique. Les phénomènes de redoublement d’une marque morphologique sont relativement rares en breton.

Il est toutefois intéressant de noter le fait que ces derniers ne concernent pas exclusivement le domaine nominal. Trépos souligne ainsi le fait qu’un adjectif peut recevoir, dans certains cas, une double marque du comparatif. Le suffixe –oc’h du comparatif régulier peut en effet parfois s’adjoindre à un comparatif irrégulier :

Tableau 26

Adjectif/adverbe

Comparatif régulier

Comparatif irrégulier

Double comparatif

a.

Brav

beau

Brav-oc’h

plus beau

b.

Mad

bon

Matoc’h

meilleur

Gwell

meilleur

Gwell-oc’h

meilleur

c.

Fall

mauvais

Falloc’h

pire

Gwazh

pire

Gwash-oc’h

pire

d.

Mui

plus

Mui-oc’h

plus

(d’après Trépos, 1982 : 262)

73Le redoublement d’une marque morphologique portant sur la personne exprimée n’est pas rare dans le système d’emploi des prépositions conjuguées. Fleuriot (1989, § 118) mentionne plusieurs prépositions conjuguées, porteuses d’une désinence personnelle explicite, et néanmoins suivies d’un pronom sujet :

Tableau 27

Préposition conjuguée

Pronom sujet

a.

Hepdo em

sans lui-lui

Hepd-o

Sans lui

Em

lui

b.

Dudo em

à lui-lui

Dud-o

à lui

Em

lui

c.

Conten ni

avec nous-nous

Cont-en

avec nous

Ni

nous

74Ce type de redoublement est toujours très vivant en breton contemporain. La conjugaison des prépositions gant ‘avec’ et evit ‘pour’ est ainsi la suivante dans le parler de Scaër (29)39

Tableau 28

Pronom gant ‘avec’

Pronom evit ‘pour’

Forme non-emphatique

Forme emphatique

Forme non-emphatique

Forme emphatique

1

Ganeñ

Ganin-me

Ganin-men

Eviteñ

Evitin-me

Evitin-men

2

3 masc

Gatoñ

Evitoñ

3 fém

Gati

Eviti

1

Ganomp

Ganomp-ni

Evidomp

Evidomp-ni

2

Ganoc’h

Ganoc’h-c’hwi

Evidoc’h

Evidoc’h-c’hwi

3

Gate

Evite

Conjugaison des prépositions gant et evit à Scaër (29)40

3. Conclusion

75 Il est temps pour nous de conclure cet article en reprenant les différents points qui ont été défendus :

  1. La morphologie bretonne illustre le fait qu’une unité porteuse d’une flexion plurielle peut être sélectionnée comme base de dérivation. Cette sélection ne peut se faire toutefois que sous certaines conditions.

  2. La sélection d’une base porteuse d’un trait flexionnel morphologique donné, par un suffixe porteur du même trait n’est pas propre aux noms pluriels. La dérivation de faux-singulatifs en –enn construits sur un nom féminin illustre, notamment, cette possibilité

  3. L’apport du double pluriel ou du double féminin peut être de nature référentielle, mais également évaluative voire énonciative (cf. Pôle Interlocuteur)

  4. Les participes passés en –et peuvent donner lieu en breton à divers types de suffixations

  5. Une partie des données étudiées dans cet article relève de la problématique du redoublement d’une marque morphologique ou grammaticale. Ces redoublements ne concernent pas le domaine nominal exclusivement puisqu’ils peuvent également concerner des adjectifs ou des prépositions fléchies.

Annexes

76Symboles et abréviations

77 ALBB  Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne (op. cit.)

78 DIM Diminutif

79 PL Pluriel

80 SG Singulier

Bibliographie


Linguistique

Acquaviva, P. 2005. « The morphosemantics of transnumeral nouns ». Booij, G., Guevara, E., Ralli, A., Sgroi, S. and Scalise, S (eds.).Morphology and Linguistic Typology. On-line Proceedings of the Fourth Mediterranean Morphology Meeting (MMM4)University of Bologna, pp. 252-265.

Acquaviva Paulo, 2008. Lexical Plurals, A Morphosemantic Approach. Oxford Studies in Theoretical Linguistics.

Anderson, Stephen R. 1982. « Where’s Morphology ? ». Linguistic Inquiry 13, pp. 571-612.

Anderson, Stephen R. 1986. « Disjunctive Ordering in Inflectional Morphology ». Natural Language and Linguistic Theory 4, 1-31.

Belder, Marieke De, 2010. « On Breton pluralization ». Manuscrit non publié.

PDF consulté la dernière fois le 7/03/11 :

http://www.marijkedebelder.com/marijkedebelder.com_downloads.html

Bochner, Harry, 1984. « Inflection within Derivation ». The Linguistic Review 3, pp. 411-421.

Di Sciullo, Anna Maria, et Edwin Williams, 1987. On the Definition of Word. MIT Press, Cambridge, Massachusetts.

Fradin Bernard et Kerleroux Françoise, 2009. « L’identité lexémique ». Aperçus de Morphologie du français, sous la direction de Bernard Fradin, Françoise Kerleroux et Marc Plénat, pp. 83-103.

Fradin Bernard, 2003a. Nouvelles approches en morphologie, Linguistique nouvelle, PUF

Fradin Bernard, 2003b. « Le traitement de la suffixation en –ET ».

(PDF disponible en ligne : http://www.llf.cnrs.fr/Gens/Fradin/index-fr.php ). Paru dans Langages, 2003.

Greenberg, Joseph H. 1963. « Some universals of grammar with particular reference to the order of meaningful elements. In Universals of Language, ed. par Joseph H. Greenberg, 73-113. Londres : MIT Press.

Matthews, P. H., 1972. Inflectional Morphology. Cambridge University Press, Cambridge.

Morris Jones John, [1913] 1955. A Welsh Grammar. Historical and Comparative. Oxford, 1913, repr. 1955.

Perlmutter, David. 1988. « The Split Morphology Hypothesis : Evidence from Yiddish ». Michael Hammond et Michael Noonan, éds. Theoretical Morphology : Approaches in Modern Linguistics. Academic Press, San Diego.

Stump Gregory T., 1984. « Agreement vs. Incorporation in Breton ». Natural Language and Linguistic Theory 2, pp. 289-348.

Stump Gregory T., 1989. « A note on Breton pluralization and the elsewhere condition ».Natural Language & Linguistic Theory, Springer Netherlands, Volume 7, Number 2.

Stump Gregory T., 1990. « La morphologie bretonne et la frontière entre la flexion et la dérivation ». La Bretagne Linguistique 6, 185-237.

Stump Gregory T, 1993. « How Peculiar is Evaluative Morphology ? ».Journal of Linguistics 29(1).

Wiltschko Martina & Steriopolo Olga, 2007. « Parameters of variation in the syntax of diminutives ».Proceedings of the 2007 annual conference of the Canadian Linguistic Association.


Domaine breton

Deshayes Albert, 2003. Dictionnaire étymologique du breton. Ed. Chasse-marée, Douarnenez.

Ernault Emile, 1897. Petite Grammaire Bretonne, Imprimerie René Prud’homme, Saint-Brieuc.

Ernault Emile, [1909], 3ème éd. 1991. Dictionnaire Breton-Français du dialecte de Vannes, Brud Nevez, Brest.

Favereau Francis, 1992. Dictionnaire du Breton Contemporain, Skol Vreizh, Morlaix.

Favereau Francis, 1997. Grammaire du breton contemporain. Ed. Skol Vreizh, Morlaix.

Fleuriot Léon, [1964] 1989. Le vieux breton. Eléments d’une grammaire. Slatkine Reprints. Genève-Paris, 439p.

Le Roux Pierre, 1924-1963. Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne, Plihon-Hommay, Rennes, Paris (consultable en ligne à l’adresse suivante : http://sbahuaud.free.fr/ALBB/)

Ménard Martial et Cadoret Iwan (sous la direction de), 2001. Geriadur brezhoneg. Editions an Here, Plougastel-Daoulas.

Press Iann, 1947. A Grammar of Modern Breton, Mouton de Gruyer.

Riou Yann, 2004. Echos du bord de mer, Mémoire, culture et langue bretonne à Lampaul-Plouarzel, Emgleo Breiz, Brest.

Trépos Pierre, [1956], 1982. Le Pluriel Breton, Ed. Brud Nevez, Brest

Trépos Pierre, [1968], 1996. Grammaire bretonne, 5ème édition, 1996. Ed. Brud Nevez, Brest

Wmffre, Y., 1998. Central Breton. Munich : Lincom Europa.

Notes

1  « Du point de vue de la dimension morphosyntaxique, l’entité linguistique qui sert de base aux RCL [NB. Règles de Construction de Lexèmes] est une unité qui n’est pas spécifiée pour la flexion, puisqu’elle est située hors emploi. Cette propriété se manifeste par le fait que les marques flexionnelles, en tant qu’elles sont l’exposant de propriétés morphosyntaxiques, ne sont jamais à prendre en compte dans la caractérisation de la forme du lexème (Matthews 1974). Elles ne sont pas pertinentes en Morphologie constructionnelle. » (Fradin & Kerleroux, 2008 : 84)

2  Cité par Stump (1990 : 195) et traduit en français par ce dernier : « (La théorie proposée) représente le fait, souvent noté mais jamais vraiment expliqué, que (à part quelques exceptions bien définies) la morphologie flexionnelle paraît ‘‘en dehors de’’ la morphologie dérivationnelle. Par exemple, si une structure morphologique complexe contient et des suffixes dérivationnels et des suffixes flexionnels, ceux-ci suivront ceux-là […] Ce n’est que lorsque dans le cas des procédés flexionnels qui spécifient des changements à l’intérieur des thèmes (tels que l’apophonie, la métaphonie, ou les alternances parmi les configurations verbales caractéristiques des langues sémitiques) ou insèrent de véritables infixes qu’il est possible qu’un élément formatif flexionnel paraisse ‘‘à l’intérieur’’ d’une formation dérivationnelle. ». Nous ne sommes pas en mesure de déterminer avec précision à quels phénomènes Anderson fait ici référence.

3  Cf. Stump, passim pour des tests explicites)

4  La voyelle initiale du suffixe –at peut également parfois être conservée dans le déverbal agentif, d’où la possibilité d’obtenir une dérivation telle que : merc’heta > merc’heta > merc’heta-er (cf. infra pour une discussion).

5  Cf. Stump (1998 : 18-22) par exemple sur ce point.

6  Acquaviva ne nous semble pas analyser, de manière explicite, les suffixes pluriels insérés à  l’intérieur de mots construits comme suffixes dérivationnels. L’interprétation défendue par cet auteur est plutôt que les suffixes pluriels sont bien des marqueurs flexionnels, mais d’un type spécifique : « […] the plural that appears in the body of a word is a special type of inflectional marker – one used as a lexical formant. » (Acquaviva, 2008 : 243).

7  Les cardinaux ont la particularité, en breton, d’imposer que le nom qu’ils déterminent soit de nombre singulier.

8  Nous mettons en doute le fait que le pluriel simple et le double pluriel possèdent également la même signification – ou la même distribution syntaxique – aux yeux d’Ernault, les autres pluriels bugaleoù et paotredoù ayant, quant à eux, un sens spécifique, chez cet auteur. Aussi attribuons-nous cette traduction à une négligence de l’auteur.

9  Nous relevons nous-même l’emploi de merc’hedoù avec un sens plutôt péjoratif en pays pourlet (Inguiniel, 56) : tammoù merc’hed digampenn. A, lâret merc’hedoù zod ar re-mañ !, -Inguiniel, 56- // espèces de+filles+au comportement incorrect. Ah, quelles+n-ed-où+sottes+celles-ci // Des filles peu estimables, au comportement incorrect. Ah, tu parles, quelles gourdasses ces filles-là !

10  Le gallois possède un suffixe –os permettant de créer des noms collectifs. Ce suffixe, généralement adjoint à des noms pluriels, permet, d’après Morris-John (1921), de créer des doubles pluriels exprimant une notion de mépris ou d’affection. Le tableau situé en Annexes (Tableau note 10 à téléharger) illustre le parallèle frappant qu’il est possible d’effectuer entre les doubles pluriels bretons et gallois (d’après Zimmer (2000 : § 64.5)

11  Attesté également dans l’emploi du double pluriel tudoù ‘gens+-où’ dans divers dialectes.

12  Si le singulier roñse est bien attesté dans certains parlers (Favereau, 1992 : 644b), il a été supplanté dans d’autres parlers par l’emploi d’un autre terme (jao ‘cheval (de sexe indifférencié) vs roñsed ‘chevaux’ par exemple).

13  La non discernabilité des unités comprises dans une pluralité – et l’impression de confusion qui en ressort – est donc, pour Trépos, une caractéristique définitoire des noms collectifs en breton.

14  La sélection de bugale comme PL1 susceptible d’être « repluralisé », - pour reprendre le vocabulaire d’Acquaviva 2008 – en raison d’une perception de ce nom comme collectif peut s’expliquer par divers arguments. Dans certains dialectes tout d’abord, le nom singulier bugel n’est plus employé librement (dialecte pourlet d’Inguiniel 56 par exemple). Il ressort par ailleurs que la base bugale- donne lieu à diverses dérivations : bugale-at ‘enfanter’, bugale-adur ‘enfantement’, bugale-aj ‘enfance’, bugale-erezh ‘enfance’, là on l’on attendrait – sur des critères sémantiques, et au vu du nombre des bases normalement sélectionnées par ces suffixes respectifs – la sélection du nom singulier bugel- (Favereau, 1992 : 96a). La sélection de ce radical infléchi est donc idiosyncrasique. Sur un plan sémantique, enfin, bugale renvoie à une totalité indéterminée et non discrète sur un plan interne.

15  Qui a évolué en –eier dans certains dialectes.

16  Le diacritique que nous utilisons ici indique que la base bot- n’est pas autonome, sur un plan morphosyntaxique. Cette dernière se laisse interpréter, toutefois, comme transparente, sur un plan diglossique (dans une situation de bilinguisme breton/français) supposée. Nous pensons qu’un grand nombre de bases non autonomes ont en réalité le statut de bases transparentes en breton.

17  Une étude approfondie – étayée par des compléments d’enquête – serait nécessaire pour déterminer avec précision le caractère sémantique (et syntaxique) de l’opposition entre N-et N-oùier dans les différents dialectes mentionnés ici.

18  Il est à noter que Trépos (1982) mentionne un autre type d’opposition entre pluriels discontinus du singulatif en –ennoù et pluriels indéterminés (ou collectifs) en –ier (accompagnés d’une inflexion vocalique). Il conviendrait de déterminer dans quelle mesure l’opposition entre ces deux types de pluriels est productive dans des dialectes déterminés (voir Annexes : Tableau note 18 à télécharger). D’autres oppositions entre un N-et un N-er sont possibles, sans qu’une double pluralisation soit nécessaire. Un informateur de Scaër  (29) que nous avons consulté oppose ainsi °[gwern]-ioù ‘des marais [+ nombre déterminé ; paucal]’ à °[gwern]-ijer ‘des marais [+ grand nombre ; nombre indéterminé]’.

19  Notons que Trépos souligne le fait, après Pedersen, que l’on trouve trace de tels pluriels en cornique également. Cf. flehesygow, « des petits pages » (Vergleichende Grammatik der Keltischen Sprachen, von Holger Pedersen, Göttingen, 1909, 1913, § 412, n. 3). Trépos précise que l’on trouve mention de doubles pluriels du diminutif tout autant que de diminutifs pluriels simple en moyen breton. Ces derniers seraient néanmoins nettement majoritaires en toponymie (l’exception relevée par Trépos étant Poullouigou « Petites Mares », formé sur poullig).

20  « c’est que ces pluriels répondent à un besoin précis : une première marque du pluriel, entre le singulier et le suffixe diminutif, évite la création de l’image du singulier ; ni l’article en effet, ni le possessif, lorsqu’il y en a, ne donne de précision sur le nombre, et, dans le premier type, la marque du pluriel arrive bien tard, après l’image du singulier, puis du diminutif (prad-ig-ou, « un pré – petit – plusieurs ») ; dans certains cas, cette image du singulier était gênante, et le Breton a préféré évoquer immédiatement l’image du pluriel ; ces formes prad-ou-igou pourraient s’analyser « des prés – petits – plusieurs », et rappellent les pluriels formés sur les singulatifs : stered-enn-ou, « des étoiles – une à une – plusieurs » : pluriel + suffixe singulatif ou suff. diminutif + suff. pluriel. » (Trépos, 1982 : 275)

21  Les catégories du diminutif et du singulatif partagent de nombreux points communs en breton et en gallois. Une généalogie commune – ou tout au moins imbriquée – sur un plan étymologique, tout autant que sémantique, peut être proposée pour ces deux catégories (cf. Cuzzolin, 1998 ; Irslinger 2010).

22  Cette pastille indique que le dérivé est perçu comme possible par le locuteur interrogé :

23  Un relecteur nous affirme avoir relevé la forme zaoudigoù dans une commune du Bas Vannetais.

24  Les formes maouzedigoù et evnedigoù sont parfaitement acceptées par un autre informateur interrogé en pays pourlet (Inguiniel, 56).

25  Stump (1990) note que la forme chasigoù – var. de chachigoù dans certains dialectes – a été refusée par des informateurs interrogés à Plougastel.

26  « […] the simple plural always precedes derivational suffixes (Stump 1989 : 272). This is exactly what we expect ; a stem allomorph cannot be broken apart by derivation. » (Belder, 2010 : 8).

27  Zimmer (2000 : 488) montre que l’emploi du suffixe –ed – dérivé du suffixe proto-indo-européen –(a)tó– a été inclus, en gallois, dans le paradigme verbal des formes impersonnelles du prétérit (ex. ganed ‘was born’). Les emplois du suffixe –ed comme suffixe du participe passé sont très rares en gallois – le suffixe –edig ayant acquis cette fonction – contrairement à ce que l’on observe en breton où –ed est resté la forme du participe passé.

28  La terminaison –aith attestée dans ce suffixe est issue de *aktā « acte, action » d’après Fleuriot (1989 : 338).

29  Ce dérivé est étymologiquement un « triple singulier » puisqu’il est construit sur l’adjectif et nom maw ‘gaillard’, issu du vieux breton mauu ‘juvénile, réjoui ; jeune homme’ (Deshayes, 2003 : 498a).

30  Notons au passage que le dérivé gonzesse est lui-même formé sur le nom masculin gonze désignant, en argot, un « homme en général, un individu » (TLF en ligne, cf. lexilogos.fr). Sur le plan référentiel, ce N-esse peut renvoyer à une « Femme en général ; fille, parfois de mœurs légères ; maîtresse » mais également à un « homme lâche, couard » (TLF, id.).

31  Communication personnelle du 10-10-09.

32  L’aire d’emploi du dérivé paotrez pour référer à une fille au sens de jeune personne de sexe féminin (et non à une fille sur le plan de la filiation), est documentée par la carte 447 de l’ALBB.

33  Seuls des exemples explicites, sur un plan discursif, permettraient de trancher.

34  Trépos ([1956] 1982 : 85 sqq.) mentionne également le cas des noms féminins nus faisant leur pluriel en –ez-ed (e.g. c’hoar ‘sœur’ > c’hoar-ez-ed ‘sœurs’) voire de noms en féminins en –ez dérivés, étymologiquement, d’un nom singulier nu (e.g. m. br. mazron ‘marraine’ > bret. mod. maeron-ez ‘id.’, pl. maeron-ez-ed) (Trépos, id. : 262). Trépos évoque le fait que le suffixe –ez– de c’hoarezed par exemple a pu donner lieu à deux interprétations. Pour Falc’hun par exemple, il s’agirait d’un représentant du suffixe pluriel –ez correspondant au gallois –yedd, -edd ou –oedd (e.g. gallois chwaer ‘sœur’, pl. chwiorydd). Cette hypothèse est rejetée par Trépos qui privilégie l’interprétation de ce suffixe comme représentant du suffixe féminin –ez. Pour le grammairien, l’ajout de la séquence –ez-ed à des noms singuliers dénués du suffixe –ez serait de nature analogique : « Il se trouve […] que la plupart des noms féminins d’êtres animés se terminent au pluriel par –ez-ed : lorsque le singulier n’est pas en –ez, le pluriel en –ed paraît incomplet au bretonnant, qui utilise le suffixe composé –ezed, auquel il est accoutumé » (Trépos, [1956] 1982 : 85). Cette hypothèse serait également celle de Pedersen (Pluralendung + überflüssiger Femeninendung (VGKS, II, p. 71, n . 3) (id. 86).

35  Nous ajoutons [lapined] à la citation de Trépos qui traduit mammed par ‘mères lapines’, ce qui laisse supposer que la mention du N2 classifiant n’est pas obligatoire.

36  Nous ne relevons que de rares dérivés artefactuels en –ezenn chez Favereau (1992). Mentionnons kostez ‘côté’ > kostez-enn côte (& côtelette), côté (& parti), parf. filière’ (Fav, 1992 : 434a).

37  Le verbe pesketa – var. pesketa-at – est porteur de la désinence –(h)a héritée d’un « ancien verbe ham ‘appréhender’ » (Favereau, 1997 : 174).

38  Observations personnelles à Berné (56) et Inguiniel (56). 

39  D’après l’idiolecte de l’informateur TA.

40  D’après des observations personnelles.

A télécharger

Pour citer cet article

Pierre-Yves Kersulec (2011). "La sous-spécification flexionnelle des bases de dérivation en question à la lumière de la morphologie bretonne". CORELA - Volume 9 (2011) | Numéro 1.

[En ligne] Publié en ligne le 30 juin 2011.

URL : http://corela.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1980

Consulté le 23/09/2014.

A propos des auteurs

Pierre-Yves Kersulec

 CRBC (EA 4451), université Rennes 2 - UEB 


Image d'accoche

Numéro 1 - n°1

Les deux premiers articles de ce nouveau numéro de CORELA sont consacrés à des langues encore trop peu présentes dans la revue, le russe et le breton. Le premier examine deux prépositions (в(/v/) et на(/na/) dans le but d’expliquer leurs emplois polysémiques. Le second aborde la question de la morphologie et tente de démontrer que la sélection d’une base fléchie n’est pas propre, en breton, aux noms pluriels mais qu’elle s’intègre, dans certains cas, à une problématique plus générale de redoublement d’une même marque morphologique. Le troisième texte quant à lui s’intéresse aux relations sémantiques et aux liens conceptuels qui s’établissent entre les termes et les concepts du domaine des sciences du langage. Enfin, ce nouveau numéro contient un compte-rendu de lecture (compte-rendu de « Les Nombres », de Sophie Saulnier (Presses Universitaires de Rennes, 2011).  Nous vous rappelons que les propositions de publications pour le numéro 2 du volume 9 sont à adresser à Gilles Col (col@ext.univ-poitiers.fr) avant le 15 septembre 2011, pour une publication en décembre 2011. 



Contacts

Revue CORELA
Cognition Représentation Langage

 

Maison des Sciences de l'Homme et de la Société
Université de Poitiers
Bâtiment A5
5 rue Théodore Lefebvre
86000 Poitiers – France

Tél : (33) (0)5 49 45 46 00
gilles.col@univ-poitiers.fr

Abonnez-vous

Recevez en temps réel les dernières mises à jour de notre site en vous abonnant à un ou à plusieurs de nos flux RSS :

Informations légales

ISSN électronique : 1638-5748

Dernière mise à jour : 12 décembre 2013

Crédits et mentions légales

Edité avec Lodel.

Administration du site (accès réservé)